André Gounelle : “Dieu a tant aimé le monde…”

Posté le 20 juillet 2008 | Théo

Ils forment en quelque sorte notre “comité de parrainage théologique” et ont accepté de nourrir notre réflexion sur le thème du Grand Kiff. Onze théologiens prennent la parole sur ce blog…

Pour beaucoup de courants religieux de l’Antiquité, la divinité soit ne s’intéresse pas au monde, ne s’en occupe pas ni ne s’en soucie, soit le déteste, l’a en horreur et le combat. Le monde lui est étranger ou odieux. Le croyant est invité à s’en couper le plus possible, à se réfugier dans sa vie intérieure, à attendre que la mort, en le délivrant des réalités terrestres et corporelles, le fasse entrer dans les sphères célestes.

Au contraire, la Bible proclame que Dieu “aime le monde”. Qu’il l’aime implique, d’abord, que le monde est différent de lui ; on aime un autre ; le véritable amour respecte la différence, il laisse l’autre être autre. Aimer veut dire, ensuite, que cette différence ne sépare pas, n’isole pas, n’oppose pas, mais, au contraire permet de se rencontrer et cheminer ensemble ; on est, on vit avec l’autre. Aimer signifie, enfin, qu’on a besoin de l’autre, de ce qu’il nous apporte ; on accepte de dépendre de lui ; quand on vient en aide à quelqu’un sans rien attendre ni recevoir de lui, on éprouve peut-être de la compassion, mais pas vraiment de l’amour. L’amour ainsi défini n’est pas seulement un sentiment, il est tout autant un comportement. L’amour de Dieu se manifeste en ce qu’il donne (il donne son “Fils Unique”, autrement dit ce qui lui est essentiel, pas seulement du superflu) et qu’il nous appelle à entrer, en croyant en lui, dans une existence non pas amoindrie, brimée, gâchée et perdue, mais riche et authentique (ce que le Nouveau Testament appelle “la vie éternelle”).

Que faut-il entendre par “le monde” ? À la fois chacun de nous en particulier et nous tous ensemble. Dieu s’adresse à des personnes ; il entend nous rencontrer dans notre singularité individuelle ; nous comptons pour lui dans ce que nous avons d’unique. Nous ne sommes pas pour lui des anonymes ou une foule indifférenciée. Il veut établir avec chacun ce que le philosophe juif M. Buber appelle une “relation je-tu”. Toutefois, cette relation n’oublie ni n’exclut les autres : toutes les “créatures” (humaines, animales, végétales, cosmiques) qu’énumère la première page de la Genèse font partie du monde. Il englobe mon propre être, la société, la nature et l’ensemble de l’univers. D’être tous aimés, chacun pour ce qu’il est, par Dieu nous rend solidaires et crée des relation fraternelles. Là aussi, il ne s’agit pas seulement de le savoir et de le sentir mais surtout d’agir et de se conduire en conséquence. Nous sommes certes tous appelés à changer (à devenir des êtres “nouveaux”, dit le Nouveau Testament ou à être “sauvés”), à nous changer nous-mêmes, à aménager le monde, à transformer la société, mais ce changement doit se faire dans le respect et non dans le mépris et la brutalité. C’est à une aventure passionnante (celle de la recherche du bonheur universel) que Dieu, dans son amour, nous fait participer.

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