Antoine Nouis : “L’amour de Dieu n’est pas une idée, c’est un acte”

Posté le 30 août 2008 | Théo

Ils forment en quelque sorte notre “comité de parrainage théologique” et ont accepté de nourrir notre réflexion sur le thème du Grand Kiff. Onze théologiens prennent la parole sur ce blog…

Avant de répondre aux trois questions, un commentaire sur l’expression Dieu aime le monde.
Soit une autre affirmation : j’aime le poulet. Lorsque je dis que j’aime le poulet, j’aime le manger, j’aime que le poulet soit tué pour qu’il arrive dans mon assiette. Quand je prétends aimer le poulet, ce n’est pas le poulet que j’aime - si je l’aimais, je le laisserai vivre - la seule personne que j’aime, c’est moi.

Lorsque Dieu aime le monde, il se situe sur un autre registre puisqu’il n’aime pas le monde pour le manger, il l’a aimé en donnant son fils unique pour que nous vivions. L’amour de Dieu n’est pas de l’ordre de la consommation mais du don. C’est un amour qui est entièrement consacré à la vie, à la croissance, de celui qui est aimé. C’est à partir de cette compréhension que nous pouvons répondre aux questions.

Il te cherche

Le renversement de perspective de l’amour de Dieu par rapport au nôtre se retrouve dans le titre “Il te cherche”. Habituellement nous nous demandons comment trouver Dieu alors que nous sommes invités à nous laisser trouver par Dieu. Dieu n’est pas au sommet d’une montagne qu’il faudrait escalader, il est à accueillir dans les creux de notre histoire.
Une légende indienne raconte qu’autrefois tous les hommes étaient des dieux. Comme ils n’arrêtaient pas de se disputer pour savoir qui était le plus grand, le grand dieu a décidé de leur ôter la lumière intérieure. Mais où la mettre pour que l’homme ne la retrouve pas ? Un ange propose de l’enfouir au fond de la terre : “Non, dit le grand dieu, car l’homme creusera la terre et trouvera la lumière.” Un autre propose de la déposer sur la lune : “Non, dit le grand dieu, car un jour l’homme ira sur la lune, et il trouvera la lumière.” Un autre propose de la cacher au plus profond des océans : “Non, dit le grand dieu, car l’homme descendra au fond des mers et il trouvera la lumière.” Les anges n’ont plus d’idées. Alors le grand dieu prend la parole et dit : “Je sais où je vais cacher la lumière pour que l’homme ne la trouve pas. Je vais la déposer au plus profond de son cœur. C’est le seul endroit où il ne pensera jamais à la chercher.” Ce n’est pas en courant derrière les chimères de notre monde mais en entrant en nous-mêmes que nous nous laisserons trouver par Dieu.

Vis ta vie !

Se laisser trouver par Dieu revient à entendre qu’il a donné ce qu’il avait de plus précieux - son fils unique - pour notre vie dans ce qu’elle a de plus unique. Le Baal Shem Tov, le fondateur du hassidisme, a écrit : “Que chacun sache et prenne en considération que par sa nature, il est unique au monde et qu’aucune personne identique à lui n’a jamais vécu, car si une personne identique avait déjà vécu avant lui, il n’aurait pas besoin d’être.” Dieu nous as créés tels que nous sommes pour que nous soyons devant lui tel qu’il nous a créés.

L’amour de Dieu n’est pas une idée, c’est un acte : Il a donné son fils unique. Dieu n’aime pas l’humanité en général, il aime chaque personne en particulier, chaque humain dans ce qu’il a de plus singulier. La Bible est à l’image de notre humanité, elle présente une diversité incroyable de réponses à l’appel de Dieu. L’évangile ne propose pas de prêt-à-porter mais que des vêtements sur mesure. Abraham était différent d’Isaac, qui lui-même était différent de Jacob, de Joseph, de Moïse, de David, de Pierre, de Thomas et de Paul. L’Esprit ne fait pas de nous les membres d’un troupeau mais d’un peuple, il nous appelle à la différence. Cette différence fait de chacun un être unique.

Le Monde est à nous

Dieu aime le monde qui est le nôtre, ce monde que nous savons tordu avec sa beauté et sa boue, sa fécondité et ses contradictions, ses héros et ses salauds. À notre tour, nous sommes invités à aimer le monde. Lorsque la vie et le monde ne sont pas aimables, nous devons quand même les aimer car ils sont aimés de Dieu.

Un homme est allé voir le père du désert Abba Nisteros pour lui poser la question de tous les disciples : “Que dois-je faire ?” Le sage a répondu : “L’Écriture raconte qu’Abraham pratiquait l’hospitalité et que Dieu était avec lui ; qu’Elie aimait à prier seul et que Dieu était avec lui ; que David était humble et que Dieu était avec lui. Par conséquent tout ce que ton âme désire accomplir selon la volonté de Dieu, fais-le !” C’est le même Esprit qui a permis à Abraham de servir Dieu par l’hospitalité, à Élie de le faire par la prière et à David par l’humilité. Pour dire la même chose avec le père de l’Église Basile de Césarée : “C’est la même eau fraîche et féconde qui tombe sur le champ afin que fleurissent rouge le coquelicot, rose la rose et bleu le bleuet.” L’évangile nous invite à découvrir notre vraie identité, notre couleur unique, devant Dieu et à le servir avec ce qu’il y a de plus singulier et de plus profond en nous.

1 commentaire pour l'instant

1 commentaire pour “Antoine Nouis : “L’amour de Dieu n’est pas une idée, c’est un acte””

  1. moyat

    cela est extrêmement vrai et enrichissant. J’aime ce Dieu qui se laisse découvrir ainsi, j’aime ce Dieu qui nous a aimés le premier. Osons aller vers lui et le découvrir chaque jour dans nos vies, car il nous attend!

    23 nov 2008 at 21:27

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