Fritz Lienhard : “Dieu est amour… et sinon rien !”

Posté le 1 juillet 2008 | Théo

Ils forment en quelque sorte notre “comité de parrainage théologique” et ont accepté de nourrir notre réflexion sur le thème du Grand Kiff. Onze théologiens prennent la parole sur ce blog…

Il y a une chanson de Jacques Brel célèbre entre toutes : “quand on n’a que l’amour, à s’offrir en partage, au jour du grand voyage, qu’est notre grand amour”.

Le chanteur-poète vit “sans nulle autre richesse”, sauf “d’y croire toujours”. Il n’a “rien que la force d’aimer”. C’est cette faiblesse qui est la première caractéristique de l’amour. Celui-ci signifie s’exposer à autrui, et donc se rendre fragile, dépendant de l’être aimé. Il ose une foi et en court le risque.

Ce n’est donc pas sans raison que c’est la croix qui conduit à dire que Dieu aime le monde. Dieu court le risque de l’amour jusqu’au bout. La chanson “quand on n’a que l’amour” date de la période “rose” de Jacques Brel. Il est pourtant intéressant de voir que même dans cette période, le mal n’est pas évacué. L’amour ne le surmonte pas à l’eau de rose, mais en le prenant au sérieux radicalement, en le subissant.

Et en même temps, le poète chante “nous aurons dans nos mains, Amis le monde entier”. L’amour rayonne sur l’ensemble du monde, il “habille la laideur des faubourgs”, il peut “parler aux canons” et “convaincre un tambour”. L’amour a une force extraordinaire. En prenant le risque de la mort, il la surmonte et offre une vie nouvelle comme un cadeau, comme une grâce.

Ce puissant rayonnement de l’amour crée un monde. L’amour ne se referme pas sur lui-même. C’est un autre chanteur qui l’exprime, Georges Brassens parlant des “amoureux sur les bancs publics”. De quoi parlent ces “amours débutants” ? du “papier bleu d’azur que revêtiront les murs de leur chambre à coucher”. Les amoureux parlent toujours de tout, sauf de leur amour, et en même temps ils ne parlent que de ça. On peut même “parler de ta mère, un p’tit peu” (Renaud), et donc évoquer les sujets qui fâchent…

En même temps, et pour en revenir à Brel, l’amour singularise : “Mon amour, toi et moi”. On dit que l’amour rend aveugle. Je n’en crois rien. Ce sont les anciens qui avaient raison, eux qui disaient : ubi amor, ibi oculi, là où il y a de l’amour il y a des yeux. L’amour conduit à s’intéresser au moindre détail de l’autre. C’est pourquoi Dieu est en quête de chacun des humains, tel qu’il est.

Depuis les origines, on connaît la logique de la méfiance qui conduit à ne faire confiance qu’à soi-même, jusqu’à être son propre Dieu. La peur de l’autre oblige à s’en préserver, et l’angoisse de ne pas valoir conduit à se faire une image de soi en dévalorisant autrui. En même temps, les possibilités de communication n’ont jamais été aussi riches, au point que l’on puisse parler d’un “village global”.

L’amour de Dieu brise le ressort profond de la dynamique négative. Dieu n’est pas un destin, il a un visage et un regard favorable en Jésus Christ. Je ne suis pas obligé de faire semblant d’être autre chose que ce que je suis, mais je peux vivre ma vie avec sa fragilité et sa brisure. Autrui est emmené dans la dynamique de l’amour de Dieu au même titre que je le suis ; parce que je suis moi-même sûr de mon identité en Christ, je peux me permettre de m’ouvrir à autrui dans le monde entier. J’évite l’universalisme qui exalte ou écrase, mais j’ose un engagement concret, pour des humains particuliers, dans la relation aujourd’hui possible avec des individus vivant aux quatre coins du monde.

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