Jean-Arnold de Clermont : “Le chrétien n’a pas d’autre ‘arme’ que celle de sa parole et de ses actes”

Posté le 29 juin 2008 | Théo

Ils forment en quelque sorte notre “comité de parrainage théologique” et ont accepté de nourrir notre réflexion sur le thème du Grand Kiff. Onze théologiens prennent la parole sur ce blog…

En juillet 2009, les représentants de 125 Eglises protestantes, anglicane, orthodoxes et vieille catholique d’Europe seront réunis à Lyon pour la treizième Assemblée générale de la Conférence des Eglises Européennes (KEK). Celle-ci a été créée en 1959 pour manifester publiquement que, malgré la construction du rideau de fer qui allait couper l’Europe en deux, les Eglises de l’Est et de l’Ouest resteraient en communion les unes avec les autres. Cinquante ans plus tard, ces Eglises feront, à Lyon, le bilan de leur marche commune vers une plus grande visibilité de l’unité en Christ et comment cela se dit dans le dialogue les unes avec les autres, dans la participation à la construction européenne, dans la lutte contre les injustices, contre la pauvreté, contre le rejet des migrants et des demandeurs d’asile…

Alors que se prépare un rassemblement de plus de mille jeunes réformés français auxquels se joindront des jeunes des Eglises sœurs en France et en Europe, j’entends des résonances fortes entre le thème choisi pour ce rassemblement, “Dieu aime le monde”, et cette histoire de la KEK. Les Eglises qui l’ont constituée l’ont fait sous la pression de leurs membres qui n’acceptaient pas que l’histoire du monde puisse se dérouler sans que, chrétiens, ils aient leur mot à dire, leur expérience à partager, leur responsabilité à exercer, leur espérance à faire entendre. En cela, ces chrétiens manifestaient que leur vie n’était pas l’exercice égoïste de leurs droits mais l’exercice d’une solidarité voulue par l’Evangile dans un monde toujours plus ‘globalisé’. Plus encore, ils voulaient faire de leur vie, de leur engagement au service ou au moyen de leurs Eglises, une manifestation de reconnaissance pour l’amour que Dieu leur avait offert à partager.
Cet engagement nous renvoie à notre compréhension du rôle et de la mission des chrétiens et de l’Eglise, dans trois directions.

  1. La reconnaissance.
    D’autres diraient le ‘culte’ ou la ‘liturgie’. C’est ce qui exprime que notre vie est ou peut être une réponse à ce que le Christ a fait pour nous. Il nous a délivré de la fatalité de la mort ; il a fait de nous ses amis, nous ouvrant avec lui le chemin d’une vie nouvelle (Romains 6). Nous cherchons les voies et moyens de vivre selon l’appel qu’il nous a adressé, selon le commandement d’amour qui est le sien. Avec des hauts et des bas…des moments de découragement, des moments d’égarements, des moments de paix et de joie…tout cela fait partie du ‘culte’, du dialogue que nous entretenons avec notre Dieu, reconnaissant le lien d’amour qui nous unit à lui.
  2. Le service de nos frères et sœurs.
    Deux mots expriment bien le fait que nous ne vivons pas pour nous mais que l’amour que Dieu nous manifeste est destiné à être partagé ; ce sont les mots de ‘vocation’ et de ‘responsabilité’. Nous nous sentons (savons) appelés à exercer nos responsabilités de chrétiens, porteurs d’un message qui ne vient pas de nous mais qui s’adresse à tous. Et cette vocation, cette responsabilité, s’exerce dans la quotidien de l’existence, à travers des choix de vie, des solidarités actives, des engagements.
  3. Le plaidoyer en faveur de la justice et de la paix.
    Je pourrais parler en termes plus restreints de la prédication de l’Evangile ou de la prophétie comme interprétation de la volonté de Dieu dans notre aujourd’hui… J’emploie le mot plaidoyer pour évoquer un tout qui va de l’écoute de la parole de Dieu, à son expression publique, aux déclarations et aux actes qu’elle suscite. Le chrétien n’a pas d’autre ‘arme’ que celle de sa parole et de ses actes, une parole partagée, des actes vécus en solidarité avec d’autres, chrétiens ou non.

En Europe des chrétiens ont engagé leurs Eglises à participer à la construction de l’Europe, comme un espace de réconciliation et de paix, et ils se demandent aujourd’hui - eux ou leurs descendants - si cet idéal spirituel autant que politique n’est pas supplanté par ce qui n’en était qu’un instrument, le grand marché européen. Nos Eglises, leurs membres anciens ou jeunes, sont-ils prêts à dire encore que Dieu aime ce monde comme il nous aime, et qu’il nous en a confié la responsabilité d’en faire un espace de vie solidaire, juste et pacifique, un signe de son amour qui vienne toucher ceux qui ne le connaissent pas encore ?

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