Laurent Gagnebin : Dieu aime le monde (#1)
Ils forment en quelque sorte notre “comité de parrainage théologique” et ont accepté de nourrir notre réflexion sur le thème du Grand Kiff. Onze théologiens prennent la parole sur ce blog…
Il te cherche
L’histoire des religions, qui, à bien des égards, se confond avec celle de l’humanité, nous montre l’être humain et sa quête de Dieu. Dans le cadre de cette recherche infinie, spirituelle et religieuse, le christianisme apporte, avec l’Évangile, une proposition toute nouvelle et inattendue. Là où l’on dit habituellement que Dieu reste à jamais inaccessible et ineffable, se dérobant toujours à nouveau à notre rencontre, nous affirmons au contraire que le véritable chercheur, ce n’est pas l’être humain, mais Dieu qui nous poursuit dans la quête inlassable de son amour, et que le véritable inaccessible, ce n’est pas Dieu, mais l’homme qui se dérobe à son amour et à sa volonté.
En Jésus, ce renversement est une constante surprenante des évangiles. Quand nous supplions Dieu de nous aider et de nous accompagner sur les chemins de la vie, nous découvrons, si nous entendons dans le Christ une Parole de Dieu, que c’est bien l’Eternel qui nous appelle au secours et nous demande “Veillez avec moi” (Mt 26,36). “C’est le renversement de tout ce que l’homme religieux attend de Dieu” (Dietrich BONHOEFFER, Résistance et soumission, lettre du 18 juillet 1944). Là où nous nous tournons sans cesse vers Dieu pour lui demander de nous désaltérer par sa Parole, c’est lui qui, en Jésus, déclare à chacun d’entre nous “Donne-moi à boire” (Jn 4,7). Là où nous attendons de Jésus des réponses à nos interrogations à son sujet, c’est lui qui nous confie la responsabilité de la réponse et nous interroge en ces termes fameux : “Qui dites-vous que je suis ?” (Mt 16,15). Il y a dans cette question surprenante un fondement de toutes nos démarches théologiques. Là où nous demandons à Dieu de nous accueillir, de nous ouvrir sa porte, de ne pas nous rejeter, c’est encore lui qui vient à nous en disant ces mots souvent repris à l’heure de la cène : “Je me tiens à la porte et je frappe” (Ap 3,20).
Ce renversement décisif définit d’ailleurs aussi la foi. On peut penser en effet que la foi, c’est d’abord cette confiance que nous avons en Dieu. Or, si la foi n’est pas saisie essentiellement comme un ensemble de croyances, mais dans l’ordre d’une relation qui nous unit à Dieu, alors force nous est bien de constater que dans ce mouvement qui va de lui à nous et de nous à lui, c’est Dieu qui le premier établit ou rétablit cette relation ; nous ne faisons que répondre à son appel. La foi est donc d’abord la foi de Dieu et ensuite celle de l’être humain. Et cette démarche de lui vers nous est finalement bien plus importante que la nôtre. La foi est premièrement ce mouvement de Dieu vers nous, avant de devenir notre réponse, comme nous l’avons déjà constaté au début de cet article.
L’étymologie grecque du mot Église nous permet de la comprendre comme une convocation. L’Église n’est pas principalement ni d’abord une institution humaine, mais un événement de Dieu lui-même. C’est la Parole de Dieu entendue à travers la prédication et la cène qui suscite l’Église et lui permet d’exister. On retrouve là le même renversement, à savoir que l’Église n’est pas en premier lieu une institution capable de susciter et de maîtriser l’événement de la Parole de Dieu. Reconnaître cela, c’est reconnaître la priorité absolue du sola gratia, c’est-à-dire d’une grâce qui toujours nous apporte et exprime l’amour premier de Dieu pour nous. Le théologien protestant Karl Barth déclarait en 1948 dans une conférence prononcée à l’Assemblée du Conseil œcuménique à Amsterdam : “L’Église n’est ni la communauté, ni le groupement visible des hommes qui croient en Jésus-Christ, ni l’organe qui les représenterait sous forme monarchique, aristocratique ou démocratique. Elle n’est pas une idée, ni une institution, ni un pacte. Elle est l’événement qui rassemble deux ou trois hommes au nom de Jésus-Christ, c’est-à-dire par la puissance de l’appel qu’il leur adresse et du mandat qu’il leur confie” (L’Église, Genève, Labor et Fides,1964, p.114). C’est moi qui souligne ces mots institution et événement.
Ce qui vient d’être dit ici au sujet de l’Église peut être repris tel quel au sujet du culte. Certes, quand nous allons au culte, nous répondons à une nécessité intérieure dont les motivations sont très diverses, mais le culte, c’est d’abord Dieu qui nous invite, nous appelle et nous convoque, là encore. Le premier acteur du culte, c’est Dieu. Et c’est bien pour marquer cela que, d’une manière ou d’une autre, le culte s’ouvre par cette affirmation : “La grâce et la paix vous sont données de la part de Dieu…”

hi…
super!…
01 jan 2009 at 11:37