Laurent Gagnebin : Dieu aime le monde (#3)
Ils forment en quelque sorte notre “comité de parrainage théologique” et ont accepté de nourrir notre réflexion sur le thème du Grand Kiff. Onze théologiens prennent la parole sur ce blog…
Le Monde est à nous
Oui, le monde est à nous, pour nous y inscrire dans une lutte sans relâche pour l’humanisation, en Dieu, de l’Homme. Cela dit, nos choix, nos actions et nos engagements ne sont pas en la seule faveur des êtres humains. Tout ce qui a été écrit dans les deux parties précédentes porte la marque d’un exclusivisme réduisant notre monde à sa dimension humaine. Un tel propos est aujourd’hui insoutenable, impossible et impensable. Le monde, c’est l’univers entier avec ses dimensions minérale, végétale et animale. Nous le savons bien et, en même temps, nous ne le savons pas, ou pas assez. S’engager pour notre monde, c’est mener un combat écologique. La fraternité choisie, c’est une solidarité cosmique assumée. Théodore Monod aimait à citer le poète Francis Thompson qui avait écrit : “Celui qui cueille une fleur dérange une étoile”. Il y a une solidarité de fait du cosmos ; il s’agit pour nous de la respecter (le respect de la vie, disait Albert Schweitzer), assurément, mais surtout de la retrouver, de la restaurer, de la ressusciter. La solidarité entre les êtres vivants n’est pas qu’un état, elle est un combat. C’est là que notre liberté correspond à des engagements. “Au contact de la nature, nous découvrons la solidarité qui nous lie au reste des êtres vivants et par conséquent la responsabilité que nous avons envers eux”, déclare Théodore Monod dans ses entretiens avec Sylvain Estibal (Terre et ciel, 1999).
Dans le fameux récit biblique dit de la tempête apaisée, nous voyons les disciples de Jésus dans la barque avec lui (embarqués). Terrorisés par le déchaînement des vents et des flots, ils l’appellent à l’aide et s’écrient : “Au secours, Seigneur, nous périssons !” Jésus répond à leur prière, maîtrise et apaise la tempête (Mt 8,25). À l’heure actuelle, ce sont plutôt les éléments naturels, les airs, les eaux et la terre, dominés et écrasés par l’être humain, qui se tournent vers le Sauveur et déclarent : “Au secours, Seigneur, nous périssons”. Comme je l’ai dit, tout au début de cet article, c’est bien Dieu qui, dans un renversement significatif, nous appelle au secours pour ce combat et nous redit alors de veiller avec lui.
