Raphaël Picon : “Dieu est un amoureux du monde !”
Ils forment en quelque sorte notre “comité de parrainage théologique” et ont accepté de nourrir notre réflexion sur le thème du Grand Kiff. Onze théologiens prennent la parole sur ce blog…
Il te cherche
Jésus-Christ nous apprend que Dieu est un amoureux du monde ! Le christianisme, c’est sa force et sa richesse, nous invite à croire en un Dieu intimement lié à l’humanité. Comme l’a écrit Karl Barth, l’un des grands théologiens du 20ème siècle, qui fut pourtant très soucieux de souligner la souveraineté absolue de Dieu: “une fois pour toutes, en Jésus-Christ, il a été décidé que Dieu n’existe pas sans l’homme. Dans sa liberté, il ne veut pas être sans l’homme mais avec lui”.
Le Christ, en effet, nous raconte un Dieu qui fait sienne l’aventure humaine. Il n’est pas un Dieu lointain et inaccessible, mais un Dieu proche et à portée de main: il te cherche, il te trouve. Le christianisme nous offre aussi de croire que l’humanité elle-même est intimement liée à Dieu. Celle-ci n’est pas repliée sur elle-même et condamnée à l’insignifiance. En s’incarnant, en faisant de notre monde sa propre demeure, Dieu élargit nos horizons et enrichit ce monde-ci d’une dimension plus ultime, plus infinie.
Vis ta vie !
Ce Dieu amoureux du monde est celui qui permet à chacune et à chacun de se sentir pleinement autorisé dans son existence et de… vivre sa vie ! L’apôtre Paul, comme tant d’autres à sa suite, l’a affirmé avec force: s’il est un amour de Dieu, celui-ci n’est que pure grâce ! Cet amour ne se gagne pas, il s’offre à tous sans condition. Cela signifie que Dieu nous aime tels que nous sommes, indépendamment de ce que nous faisons, sans même tenir compte de ce que nous croyons à son sujet. Le don de cet amour est notre véritable salut.
Il nous sauve du désespoir de penser que nous ne valons rien en nous permettant de nous croire acceptés tels que nous sommes, et même si nous nous sentons inacceptables. Cet amour nous sauve de l’absurde en nous libérant du souci de toujours bien faire, de gagner par soi-même sa place au soleil et son heure de gloire. Cet amour de Dieu nous sauve de l’insignifiance en nous permettant de croire que nous ne sommes pas réduits à ce que les autres et le monde font de nous. Nous existons pour Dieu. Nous sommes son amour. Nous sommes son espérance !
Le Monde est à nous
Ce Dieu amoureux du monde est celui qui ne cesse d’éveiller celui-ci, de l’animer, de le créer, de le vivifier, de le ressusciter. La création est un dynamisme à l’œuvre dans toutes les composantes du réel, à chaque fois que le sens triomphe de l’absurde, que le désir l’emporte sur l’ennui, que la vie redevient possible. A travers sa prédication et son action, Jésus-Christ incarne cette puissance de résurrection, c’est-à-dire d’insurrection contre la mort. Il nous permet de croire en Dieu comme en une force de transformation créatrice qui vise à rendre nos existences plus épanouissantes et notre monde plus harmonieux. Il ne cesse d’attirer celui-ci au-delà de lui-même et de l’aimanter vers plus d’amour, de justice, de vérité. Avec et devant Dieu, ce monde est à vous !
Comme l’a souvent écrit le pasteur Wilfred Monod, soucieux de penser un christianisme à la fois spirituel et social : “j’appelle Dieu l’effort partout manifesté pour transformer la réalité (…). La foi en Dieu ne saurait être une simple croyance intellectuelle. Elle est acte héroïque au service de la vérité, de la justice, de la beauté et de l’amour.”
Ce Dieu amoureux du monde est aussi celui qui ne nous oublie pas. En lui, tous ceux qui nous ont précédés, tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons été, restent éternellement. Dieu est notre mémoire commune. Alpha et oméga de toutes vies, il est une résistance acharnée au morne passage du temps qui, indifférent à ce qui est, use le souvenir et force l’oubli. C’est parce que nous croyons que Dieu porte à jamais en lui la trace de nos si brefs passages sur terre, que nous pouvons vivre, ici et maintenant, avec légèreté, une certaine grâce, comme si de rien n’était, pour finalement se retirer un jour et s’effacer.
